Des roses pour muselière



La nuit elle panse ses blessures
Son corps meurtri, d’effroi s’endort ;
Le sang battait à sa démesure,
La peur, pire que la mort.

La bête était humaine
Quand les coups se mirent à pleuvoir;
Affublé d’une rage diluvienne,
Son visage fit peur à voir.

La faute n’était pas la sienne
Mais elle, en portait les torts,
Même lorsqu’il la traitait de pute ou de chienne,
Et d’autres mots, bien pire encore.

La raclure quitta la scène
Fourbue par tant d’efforts,
En pleurs la pauvre Marie-Madeleine
Perdue dans le décor.

Pour ne plus qu’il se déchaîne
Chaque soir, faisait l’effort ;
De lui sourire malgré sa haine
Elle serait son réconfort.

Chaque fois penaud il rentrait
Le cœur gros, lui demandait pardon;
Il l’aimait, cent fois lui disait
Que sans elle, il perdrait la raison.

Des bleus en bandoulière
Le coeur serti d’espoir,
Des roses pour muselière
Il faisait pitié à voir.

Des fleurs, une bonbonnière
Lui promit de ne plus boire;
Les roses furent muselière
La pauvre, a cru l’histoire.




Jean-Maurice Chaput (Cocolico) octobre 2005

 

 

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